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Arty Color Gallery vous permet de découvrir à travers son magazine d'art contemporain en ligne des informations intéressantes, étonnantes ou encore choquantes au coeur de l'actualité de l'art d'aujourd'hui et de demain.

Plongez dans le monde merveilleux des collections d'art contemporain d'ici et d'ailleurs et découvrez des interviews exclusives de grands collectionneurs d'art du monde entier. Petits secrets et grandes déclarations des acteurs essentiels des l'art sont révélées au grand jour dans Art & Collections.

RICARD AKAGAWA : UN COLLECTIONNEUR NÉ

par Anastasia Chevel

L'homme d'affaires et collectionneur d'art brésilien Ricard Akagawa accompagné d'oeuvres de Cecily Brown et Anish Kapoor issues de sa collection. © Fernando Chaves
L'homme d'affaires et collectionneur d'art brésilien Ricard Akagawa accompagné d'oeuvres de Cecily Brown et Anish Kapoor issues de sa collection. © Fernando Chaves

Homme d'affaires et entrepreneur brésilien dans le domaine du tourisme et de l'immobilier, Ricard Akagawa est aussi un amateur d'art contemporain de longue date. Collectionneur d'objets les plus divers depuis son enfance, la passion de l'art est entrée dans sa vie comme une évidence en 1968 pour ne plus jamais en sortir. Aujourd'hui Ricard Akagawa revient sur des souvenirs qui accompagnent sa collection, partage sa vision du marché de l'art contemporain et dispense de précieux conseils aux futurs acquéreurs d'oeuvres d'art. Interview d'un collectionneur né.

Quelle est la genèse de votre collection ?

Je suis un collectionneur né ! Tout petit, je collectionnais déjà des objets du quotidien, tels que des stylos, des boites d'allumettes, des pièces de monnaie...Plus tard, j'ai commencé à acheter mes premières peintures d'artistes inconnus au marché aux puces du dimanche au parc Praca da Republica de São Paulo. Ces peintures ont suscité en moi un profond intérêt pour la beauté de l'art, et je me suis lancé à la recherche d'oeuvres de plus en plus importantes.

Pourquoi collectionnez vous l'art ? Quelle est votre principale source de motivation ?

Chaque collectionneur ressent une certaine possessivité vis à vis de l'objet convoité qu'il souhaite acquérir; c'est le principal moteur qui nécessite un effort continu pour acquérir ce qu'il désire au plus profond de lui. Ce qui me motive c'est le déferlement de la passion, une soif de connaissance, le rêve de bâtir une collection de magnifiques oeuvres d'art et ce sentiment extraordinaire que j'ai ressenti lorsque j'ai accroché mon premier tableau sur un mur  de ma maison.

Quel regard portez-vous sur les artistes de votre collection ? Avez-vous plutôt une préférence pour les artistes émergents ou renommés?

Lorsque je me suis passionné pour l'art contemporain au début des années 90, j'ai cherché des oeuvres de qualité, partageant une vision commune avec Marcantonio Vilaça, un photographe visionnaire qui savait ce qui se passait dans le monde de l'art. Les premières oeuvres que j'ai acquises étaient des oeuvres d'artistes contemporains encore peu connus à l'étranger, mais qui au fil du temps le sont devenus. Je ne suis plus franchement intéressé par les artistes émergents dont il faut suivre la carrière artistique au fur et à mesure qu'elle se développe. Je me concentre plutôt sur les artistes contemporains de ma génération.

Y a-t-il une forme particulière d'art qui vous a toujours attirée et existe-il une sorte de fil conducteur qui unit toutes les oeuvres de votre collection ?

Je suis un amateur de peintures et de sculptures contemporaines qui sont les éléments clés de ma collection. Absolument tout dans ce domaine m' intéresse sans aucune préférence particulière pour les noms des artistes ou la provenance des oeuvres. Si l'oeuvre est belle, réalisée avec talent et possède des caractéristiques qui sont importantes à mes yeux, alors elle a de fortes chances de se retrouver sur la liste de mes souhaits.

Avez-vous gardé le souvenir de la toute première oeuvre de votre collection ?

En 1968, j'ai fait l'acquisition de ma toute première oeuvre d'art, une peinture figurative sans réelle valeur. J'ai acheté cette toile au marché aux puces et je l'ai payée en plusieurs fois. J'ai acquis ma première oeuvre vraiment importante une dizaine d'années plus tard. Il s'agissait d'une peinture de l'artiste brésilienne et japonaise Tomie Ohtake. Je me souviens que mon père est venu à la rescousse pour m'aider à l'acheter. (Rires)

"Ce qui me motive c'est le déferlement de la passion, une soif de connaissance, le rêve de bâtir une collection de magnifiques oeuvres d'art..."

Ricardo Akagawa avec une peinture de Tomie Ohtake.   © Fernando Chaves
Ricardo Akagawa avec une peinture de Tomie Ohtake. © Fernando Chaves
Ricardo Akagawa avec une sculpture de Miguel Barcélo. © Fernando Chaves
Ricardo Akagawa avec une sculpture de Miguel Barcélo. © Fernando Chaves
Ricardo Akagawa avec une peinture de sa collection. © Fernando Chaves
Ricardo Akagawa avec une peinture de sa collection. © Fernando Chaves

Combien d'oeuvres d'art possédez-vous à ce jour ? Combien en exposez-vous à la maison ?

Un grand nombre de peintures et de sculptures constituent aujourd'hui ma collection, dont certaines se trouvent chez moi. Ma maison est aussi décorée de tapis caucasiens du XIXème et du XXème siècle, de meubles brésiliens du XVIIIème siècle et de sculptures religieuses baroques, que je collectionne également.

Avez-vous déjà exposé publiquement votre collection d'oeuvres d'art ?

Je suis quelqu'un de discret. Je n'expose jamais ma collection, ce n'est pas ce à quoi j'aspire.

Y a-t-il des oeuvres pour lesquelles vous auriez pu signer un chèque les yeux fermés ?

Je sais reconnaitre la beauté dans des oeuvres d'art très différentes. Il me serait difficile de mentionner une seule sorte d'oeuvres d'art ou d'artistes qui me passionnent le plus.

Quelles sont à vos yeux les oeuvres les plus précieuses de votre collection ?

Il m'est impossible de désigner les oeuvres les plus importantes à mes yeux car j'envisage ma collection dans sa globalité et son évolution. Il n'y a pas de pièce qui soit unique pour moi, c'est l'ensemble de toutes les pièces qui font la valeur de ma collection. C'est le fait même de les collectionner qui me passionne, pas le fait d'accumuler des oeuvres d'une valeur monétaire substantielle. D'ailleurs, je ne considère pas non plus ma collection comme un moyen direct d'investissement dans l'art. Collectionner est surtout une passionnante recherche de ce qu'il y a de meilleur dans chaque artiste.

Comment avez-vous aiguisé votre sens critique dans le choix des oeuvres de votre collection ?

Un collectionneur d'art investi dans sa passion aiguise sont regard avec la pratique, au fur et a mesure du temps qui passe. Il passe beaucoup de temps à examiner de nombreuses oeuvres d'art, et c'est seulement après qu'il pourra faire preuve de discernement. En parlant avec des experts et des spécialistes, il apprend à porter un jugement sur une oeuvre d'art, à observer ce qui a pu lui échapper au premier regard et à comprendre l'oeuvre en profondeur. Il fera bien sûr des erreurs, mais au fil du temps sa connaissance affinera ses goûts et accentuera son discernement. Et finalement, tout comme la production artistique d'un artiste est en constante évolution, le discernement du collectionneur est aussi en constant progrès. À chaque exposition ou foire d'art où de nouvelles oeuvres sont proposées, le collectionneur doit accorder une attention particulière à ces renouvellements de sorte que son apprentissage artistique soit en constant progrès.

"J'envisage ma collection dans sa globalité et son évolution. C'est l'ensemble de toutes les pièces qui font la valeur de ma collection. Collectionner de l'art est une passionnante recherche de ce qu'il y a de meilleur dans chaque artiste."

Le collectionneur Ricard Akagawa en compagnie de sculptures de Tony Cragg et Paul McCarthy. © Fernando Chaves
Le collectionneur Ricard Akagawa en compagnie de sculptures de Tony Cragg et Paul McCarthy. © Fernando Chaves
Le collectionneur d'art brésilien Ricard Akagawa pose avec une oeuvre de Alighiero Boetti. © Fernando Chaves
Le collectionneur d'art brésilien Ricard Akagawa pose avec une oeuvre de Alighiero Boetti. © Fernando Chaves

Combien de foires d'art contemporain honorez-vous chaque année ? Lesquelles préférez-vous ?

Je visite en moyenne entre huit et dix foires internationales par an. Mes préférées restent les Art Basel de Hong Kong, de Bâle et de Miami, suivis de foires Frieze de Londres et de New York.

À quel point l'art influence votre sphère professionnelle et notamment votre entreprise dans le tourisme et l'immobilier ?

Comme l'art, le domaine du tourisme est aussi porté sur l'esthétique. La beauté et la splendeur influent les gens sur le choix des hôtels, des spas et des lieux de vacances. En revanche, l'immobilier n'a aucun rapport avec l'art. La seule chose qui compte c'est la singularité, l'exclusivité et l'excellence du bien. Il s'agit d'un choix purement rationnel.

Vous êtes originaire du Brésil. Quel regard portez-vous sur les collectionneurs qui investissent dans l'art latino-américain ?

Vous savez, l'art est universel et je ne peux pas vraiment donner de conseils. Il est important toutefois de choisir les meilleures galeries qui  représentent les meilleurs artistes du marché. Cela minimisera vos chances de vous tromper. Bien entendu trouver les meilleures galeries d'art nécessitera une étude approfondie du marché de l'art et de nombreuses informations. Et puis il est important de communiquer avec les galeristes, d'échanger avec d'autres collectionneurs pour se forger une opinion et faire le bon choix. Mais ce qui est le plus important, c'est d'acheter des oeuvres d'art qui vous procureront un plaisir constant. Je n'achète jamais les oeuvres qui ne me rendent pas heureux.

Nous allons continuer à parler de votre pays. Comment percevez-vous le marché de l'art au Brésil ?

Le marché de l'art reflète la situation économique de notre pays, c'est à dire qu'il est plutôt lent et prudent...

Pensez-vous que l'art latino-américain s'impose de plus en plus sur la scène artistique internationale ?

Je pense que l'art latino-américain s'impose au même rythme que les autres marchés mondiaux de l'art.

Une sculpture de la collection d'art de Ricard Akagawa. © Fernando Chaves
Une sculpture de la collection d'art de Ricard Akagawa. © Fernando Chaves
Ricard Akagawa chez lui, entouré de ses oeuvres d'art. © Fernando Chaves
Ricard Akagawa chez lui, entouré de ses oeuvres d'art. © Fernando Chaves

"Nous assistons aujourd'hui à un marché de l'art mondialisé, global et immense, un marché dépourvu de frontières."

Selon vous, comment la scène artistique latino-américaine a-t-elle évolué au cours des dix dernières années ?

La scène artistique dans son ensemble change au fil des ans, tout comme l'art en Amérique latine. En fait, nous assistons aujourd'hui à un marché de l'art mondialisé, global et immense, un marché dépourvu de frontières.

Quels musées ou galeries recommanderiez-vous à des passionnés d'art en voyage au Brésil ?

Au Brésil, le marché de l'art est concentré essentiellement à São Paulo et à Rio de Janeiro. Des galeries d'art d'importance majeure valent le détour, tout comme des expositions temporaires au Musée d'Art et au Musée de l'Art Moderne de Rio de Janeiro, ainsi qu'au Musée d'Art Moderne de São Paulo et au Musée d'Art de São Paulo Assis Chateaubriand.

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SHELLEY FOX & PHILIP AARONS : LA PASSION ALTRUISTE DE L'ART CONTEMPORAIN

par Anastasia Chevel

Shelley Fox et Philip Aarons © Jim Lewis
Shelley Fox et Philip Aarons © Jim Lewis

Phil Aarons, promoteur immobilier et co-fondateur de l'entreprise Millennium Partners et Shelley Fox, psychiatre, sont un couple de new-yorkais qui collectionnent l'art contemporain depuis leur prime jeunesse. À eux deux, ils possèdent des oeuvres d'art de plus de 500 artistes et sont particulièrement connus pour leur soutien à l'édition de livres d'artistes. Les premiers artistes dont ils ont vraiment commencé à collectionner les oeuvres sont le peintre argentin Guillermo Kuitca et l'artiste plasticien américain Tom Sachs. Rencontre avec un couple de collectionneurs passionnés et altruistes.

Vous souvenez-vous de la toute première oeuvre d'art de votre collection ?

À l'époque nous étions jeunes et planifiions de nous marier. Nous avions beaucoup aimé le travail de l'artiste Lawrence Kupferman, qui était un ami proche des parents de Phil. Lawrence n'est plus très médiatisé, mais il était responsable de l'atelier de peinture au Massachusetts College de l'Art et du Design et son oeuvre se trouve toujours dans la collection permanente du MoMA. Une légende raconte que Jackson Pollock eut l'idée de peindre sur une peinture de Kupferman lorsqu'ils passaient ensemble l'été à Provincetown. Peu importe si cette histoire est vraie ou fausse, Kupferman créait de belles peintures, et nous avions dû faire preuve d'audace pour lui en demander une pour notre cadeau de mariage (Rires). Il nous a offert une magnifique aquarelle que nous possédons encore aujourd'hui.

Quelles sont les pièces les plus remarquables dont vous aviez fait l'acquisition et comment aviez-vous réaménagé l'espace pour les accueillir ?

L'installation la plus difficile à mettre en place à ce jour a été probablement la fontaine de Klaus Weber, une oeuvre composée de sept  personnages distincts, dont l'un représentant l'artiste lui-même vomissant, et les autres, ses amis, pleurant, crachant, transpirant d'une aisselle...Dès l'instant où nous avions aperçu cette oeuvre à la galerie Herald St de Londres en 2006 , nous l'avions imaginé installée sur la terrasse de notre maison dans le Connecticut. L'emmener jusqu'à là-bas s'est cependant avéré être assez compliqué. En fait notre fils Zach a repris ce projet en main et a dû correspondre pendant un certain temps avec l'artiste pour concevoir la mise en place des personnages. Il a en outre été nécessaire d'installer une piscine sous la terrasse pour recueillir l'eau de la fontaine.

Certaines oeuvres de votre collection nécessitent-elles un soin particulier ?

L'hiver nous devons couvrir les différents éléments de la fontaine réalisée par Klaus Weber pour la protéger, et au printemps déloger les guêpes qui se nichent dans les orifices des sculptures. À part cela, nous remplaçons régulièrement les oeufs de la sculpture de Simon Fujiwara  qui trône dans notre salon, car ils se brisent souvent. Les installations électroniques nécessitent aussi un important entretien. Nous disons souvent que collectionner de l'art est une poursuite d'entretien permanent.

Est-ce important pour vous de connaitre l'artiste dont vous collectionnez les oeuvres ?

Ce n'est vraiment pas important, mais cela peut être très intéressant ! Nous aimons rencontrer et parler avec les artistes, et d'ailleurs, plusieurs d'entre eux sont devenus des amis proches. Mais nous possédons également des oeuvres d'artistes que nous avions rencontré brièvement, voire pas du tout.

Vous avez soutenu tant de jeunes artistes au début de leur carrière. Il y a t-il des jeunes artistes contemporains qui vous enthousiasment en ce moment ?

Nous avons eu beaucoup de chance de rencontrer quelques jeunes artistes au début de leur carrière, et beaucoup d'entre eux sont restés des amis très proches. Mais nous pensons qu'il est important de ne pas trop sacraliser les jeunes débutants et nous continuons a acheter les oeuvres d'artistes contemporains de tous âges.

La fontaine de Klaus Weber
La fontaine de Klaus Weber

"L'art est un sujet important pour nous. En tant que collectionneurs, nous essayons d'être des partisans et pas seulement des consommateurs de l'art contemporain"


Les collectionneurs ont aujourd'hui une grande influence sur le monde de l'art, qui  tend même à dépasser celle des galeristes ou des curateurs. Pensez-vous que les collectionneurs sont particulièrement responsables du devenir de l'art de demain ?

Tous les acteurs du marché et du monde de l'art ont leur importance pour le futur de l'art contemporain. Parfois, les collectionneurs aident certains artistes à sortir de l'ombre ce qui n'est pas une mauvaise chose. Les curateurs offrent aussi la visibilité aux artistes en mal de reconnaissance et les aident à vendre...Nous ne pouvons pas parler pour les autres, mais en tant que collectionneurs nous essayons d'être des partisans et pas seulement des consommateurs d'art contemporain en aidant notamment à financer les expositions dans les musées ou les représentations des artistes.

Vous êtes un couple de collectionneurs et vous menez votre collection en tandem. Etes-vous parfois en désaccord quant aux choix des oeuvres que vous souhaitez acquérir ensemble ?

En matière d'art, nous avons tous les deux un goût assez éclectique et similaire. Nous aimons soutenir mutuellement les passions de l'autre. Bien sûr, il nous arrive de temps en temps d'acheter des oeuvres chacun de son côté, sans consulter préalablement l'autre, mais jamais lorsqu'il s'agit d'un achat important, que ce soit en dimensions de l'oeuvre ou en prix. Nos discussions sont assez spontanées. L'art est un sujet important pour nous, mais maintenant il arrive en seconde position après notre petit-fils ! (Rires). 

A quelle fréquence changez-vous votre collection ?

Malheureusement pour nous, nous avons tendance à ajouter sans cesse de nouvelles pièces d'art sur nos murs plutôt qu'à les décrocher ! (Rires) Lorsque la maison commence à ressembler à un marché aux puces ou à une brocante, nous sommes bien obligés de les ranger.

Y a-t-il quelque chose qui vous désole dans le monde de l'art ?

Parfois, nous regrettons le manque d'humanité dans le monde de l'art. Phil pense qu'il devrait y avoir moins de galas et de dîners de charité, mais je ne suis pas forcément d'accord avec sa vision de choses.

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